concert scénique en trois tableaux
texte de T. S. ELIOT, BLANCHOT, KAFKA I BECKETT
Il est des spectacles qui défient la description, ou l’entendement. Leur beauté nous séduit, leur rythme nous conquiert et nous apaise, leurs clartés nous illuminent. Présentons le plus précisément possible ce spectacle comme un « rêve étrange et pénétrant » (Verlaine).
les éléments
Quatre textes chantés chacun par un quatuor de voix, dans trois lieux réalistes, hyperréalistes même. Les textes : un poème de T. S. Eliot, The Love Song of J. Alfred Prufrock ; un texte de Maurice Blanchot, La Folie du jour, un court texte de Kafka, tiré de L’Excursion à la montagne, enfin Cap au pire (Worstward Ho) de Samuel Beckett. Ces textes sont tous chantés en anglais, a cappella par le quatuor du Hilliard Ensemble, célèbre pour ses interprétations de musique médiévale et renaissante.
les lieux
- Une salle grise avec une fenêtre centrale, une table devant, sur un tapis, tasses à thé, pot de fleurs. Deux portraits de chiens. Le tout en gris camaïeu (T. S. Eliot).
- Une maison à étages, deux fenêtres au premier étage, une au rez-de-chaussée, le rideau de fer d’un garage. (Blanchot chanté à l’intérieur de la maison, Kafka devant la maison).
- Une vaste chambre d’hôtel de luxe, toute rouge, grand lit, télévision, un écran pour petits films (Beckett). Non surtitré. Qu’est-ce que tout cela dit ? Qu’est-ce que cela raconte ? Attention. Le texte de Blanchot se termine ainsi : « Un récit ? Non, pas de récit, plus jamais. » Et celui de Beckett par « Said nohow on. » (« Soit dit plus mèche encore. ») Le poème d’Eliot. Le (non-)récit de Blanchot dit entre autres «Les hommes voudraient échapper à la mort. Bizarre espèce. » Cap au pire – l’un des poèmes les plus denses de son auteur – se demande comment échouer, mais échouer mieux (“Fall again. Fall better.”).
Quelques grandes catégories pourraient être ici invoquées: existentialisme, banalité du quotidien, effacement du sujet, réduction du langage à des atomes de signification. Mais laissons planer l’énigme. Libre à ceux qui assisteront à cette liturgie humoristique d’aller au-delà. « J’allai à la maison, mais sans y entrer. » Je suis sûr que vous entrerez, vous. Dans le tableau. Rien ne vous échappera.
François Regnault
Avec le Festival d'Automne à Paris
