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Huis clos |
Jean-Paul Sartre |
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1991: comédien permanent de la Salamandre, CDN du Nord-Pas-de-Calais, Michel Raskine a déjà mis en scène sa collègue et complice Marief Guittier dans un monologue de Manfred Karge, Max Gericke ou Pareille au même, et dans Kiki l’Indien de Joël Jouanneau. Le succès étant immédiat et durable, ils décident de continuer, ils y sont encouragés. Donc, Michel Raskine cherche une pièce n’exigeant pas une distribution nombreuse, et, il ne se souvient plus comment, tombe sur Huis clos. Trois personnages principaux : Estelle, jeune fille paumée et infanticide; Inès, une lesbienne; un homme, Garcin, lâche autant que macho. Tous trois prisonniers dans l’antichambre de l’enfer. Œuvre culte de Jean-Paul Sartre, créée en 1944, qui depuis n’a presque jamais cessé d’être jouée en France et dans le monde. Bizarrement, Michel Raskine ne l’a, à cette époque, ni vue ni lue. « En tant que fils de communistes, Sartre chez moi, n’était pas, si l’on peut dire, en odeur de sainteté. J’avais dans la tête tous les clichés, je m’attendais à un texte philosophique, poussiéreux, un oratorio existentialiste… Et j’ai trouvé tout autre chose. C’est l’avantage d’arriver complètement neuf, pour aborder une pièce célèbre ou un classique. Je lisais le contraire de ce que j’avais imaginé. Par exemple, les quatre premières répliques : « Alors voilà. Voilà. C’est comme ça. C’est comme ça », pourraient être de Beckett. » |
Impressionné par Pina Bausch et la danse contemporaine, Michel Raskine trouve dans Huis clos l’opportunité d’un jeu très physique. « Quand Inès dit “Devant moi ? Vous ne… Vous ne pouvez pas”, je cherche l’image qui justifie la réplique. Et qui va plus loin que les indications de Sartre. Les temps changent, et, disait Roger Planchon parlant de son Tartuffe : “ les mises en scène racontent le temps présent”. » Donc, en 1991, ce Huis clos en forme de vaudeville sauvage arrive comme une tornade, connaît un immense succès, se joue partout, Et voilà qu’après plus de dix ans, il éprouve le besoin de retrouver la pièce : « Puisque les mises en scène reflètent le temps, elles peuvent se démoder. Aujourd’hui, une institution avec répertoire ne pourrait plus présenter un spectacle dans son état d’il y a dix ans. Ce qui est plutôt rassurant, et prouve que le théâtre est bien un art du moment. « J’avais envie de revenir à Huis clos, pour vérifier ce pressentiment. Seulement, je ne voyais pas de quelle manière renouveler cette mise en scène. Alors nous avons décortiqué une vilaine vidéo enregistrée au cours d’une représentation plutôt moyenne. En dehors du travail sur les objets et les corps qui tenait le coup, il nous est apparu évident qu’Estelle, objet du désir des deux autres, était le personnage central. Et c’est à partir de là que le spectacle a évolué. Inès, Marief Guittier, et Garcin, Christian Drillaud, restent. |
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Ils ont dix ans de plus. Dix ans de théâtre, dix ans de vie. Nous n’avons pas cherché à les rajeunir. Au contraire, nous avons voulu creuser l’écart des âges avec une Estelle, Cécile Bournay, encore plus jeune, et qui, immédiatement, apporte une sorte de vérité absolue au comportement de ce couple. Liés par une complicité érotique, et en même temps rivaux, Inès et Garcin sont à la fois initiateurs et prédateurs. Situation qui pourrait évoquer Les Liaisons dangereuses, Valmont et Merteuil manipulant Cécile de Volange. Sinon qu’ici la jeune fille, déjà, est une blessée de la vie. « Avant tout, de quoi traite le spectacle ? Du désir et de la séduction lorsque les corps et les cœurs vieillissent. De la sauvagerie et de la brutalité, de la cruauté des rapports entre hommes et femmes. Encore et toujours elle existe, cette brutalité. Inutile de se voiler la face.» Colette Godard |
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PRESSE Une relecture radicale du grand œuvre de Jean-Paul Sartre par Michel Raskine qui signe une mise en scène violente, belle, scandaleuse d’un Enfer jamais vu. Interprétation remarquable. Le Monde On s’est plutôt attaché à dégager ici la drôlerie. Et ça marche ! Ça marche si bien que la salle se tord. Il faut dire que les comédiens sont excellents. Le Nouvel Observateur Une mise en scène violente et âpre, entre rock, farce noire et BD. Télérama Michel Raskine a réussi : il tisonne un enfer charnel et musclé : le théâtre de Sartre revit. Le Progrès |
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Jean-Paul Sartre Né en 1905, il entre en 1924 à Normal’Sup, est reçu premier à l’agrégation de philosophie, publie en 1938 La Nausée, l’année suivante Le Mur. Pendant l’Occupation deux pièces, Les Mouches et Huis clos, apparaissant comme subversives, connaissent un immense succès, contrairement à son essai L’Être et le Néant. Après la guerre, avec Morts sans sépulture (1945) Les Mains sales (1948) Le Diable et le Bon Dieu (1951), il invente le “théâtre engagé” et, en tant que philosophe, “l’existentialisme”. Proche du parti communiste dans les années 50, il s’en éloigne après l’invasion de la Tchécoslovaquie en 1968. Pendant la guerre d’Algérie, il prend des positions qui lui valent d’être sur une “liste noire”. Ses romans (Les Chemins de la liberté), ses essais sur Genet, Baudelaire, Flaubert, la question juive (entre autres), connaissent un succès international. En 1964, Les Mots lui valent un prix Nobel qu’il refuse. Il meurt en 1980, presque aveugle. |
Michel Raskine Assistant de Roger Planchon à Villeurbanne de 1973 à 1978, puis comédien chez Gildas Bourdet au CDN du Nord-Pas-de-Calais de 1982 à 1986. En 1984, il met en scène Max Gericke ou Pareille au même de Manfred Karge, Kiki l’Indien, comédie alpine de Joël Jouanneau en 1989. Une première version de Huis clos en 1991, puis L’Épidémie et Un rat qui passe * d’Agota Kristof (1993), Une fille bien gardée de Labiche (1994). En 1995, avec André Guittier, il prend la direction du Théâtre du Point du Jour à Lyon. Il y reprend Max Gericke, monte notamment L’Amante anglaise de Duras, Chambre d’amour 2 d’Adamov, Au but de Thomas Bernhard, Les Relations de Claire ** de Dea Loher ; et aussi Théâtres ** d’Olivier Py, Elle est là et C’est beau, **, de Nathalie Sarraute, Mère et fils, comédie nocturne ** de Joël Jouanneau. * Spectacle accueilli au Théâtre Paris-Villette, Théâtre de la Ville hors les murs. ** Spectacles accueillis au Théâtre de la Ville-les Abbesses. |
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Here are three characters waiting at the gates of hell. There is a lesbian, a deserter and a young female child-killer whom the other two try to seduce. Sartre’s play In Camera/No Exit (Huis Clos) has travelled down the ages. When it was created in 1944, “Hell [was] other people”. Today everybody can acknowledge that hell is lurking within themselves. So Michel Raskine discovers in the play a Beckett shaken by gusts of destructive madness, bursts of furious humour. Human beings fiercely fight hand-to-hand in this encounter in camera. A fight between greater-than-life characters interpreted by truly outstanding actors. Colette Godard |
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