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du 20 au 24 novembre

TARIF C

CREATION

 

Regarde maman, je danse

Vanessa Van Durme
Frank Van Laecke

de et avec Vanessa Van Durme

mise en scène Frank Van Laecke
coaching Griet Debacker
lumières Jaak Van de Velde
traduction Monique Nagielkopf

  Une table en formica et deux chaises, l’espace sobre et intime d’un coin de scène transformé en cuisine minimale… Le lieu idéalement simple choisi par le metteur en scène Frank Van Laecke pour faire entendre les confidences d’une femme extraordinaire, celles de la comédienne Vanessa Van Durme. C’est dans un déshabillé de soie rose et pieds nus qu’elle nous accueille depuis le plateau pour nous conter son histoire, celle du premier transsexuel de la ville de Gand. L’épopée d’une Madone réinventée et les multiples embûches d’un chemin de croix aboutissant à la libération d’une âme prisonnière qui savait ne pouvoir exister que dans un corps de femme.

Patrick Sourd
  Vanessa Van Durme
Lorsque naît Vanessa Van Durme, en 1948, elle est donc un garçon, qui entre au conservatoire de sa ville natale : Gand. Et fait ses débuts dans la compagnie NTGent. C’est en 1975 que, ayant mûri sa décision, elle devient femme dans une clinique marocaine. Elle erre longtemps. Puis elle écrit des comédies pour la télévision publique flamande, pour la radio belge. Et pour le théâtre, où, en 2000, à la demande d’Alain Platel, fondateur des Ballets C. de la B., elle revient. Dans Tous des Indiens (au Théâtre des Abbesses, en 2000) elle est une mère de famille nombreuse. Regarde maman, je danse est d’abord un livre, qu’elle retravaille pour la scène, qu’elle joue en anglais, français, espagnol dans toute l’Europe et aux États-Unis. Elle prépare un spectacle : Femme blanche (titre provisoire) qui se déroule au Maroc aux débuts de la colonisation. Elle veut continuer à se battre contre toutes les intolérances.
  " LOOK, MOTHER, I’M DANCING"
by Vanessa Van Durme, starring Vanessa van Durme, directed by FranckVan Laecke

A Formica table and two chairs, the cosy and sober space created by a small corner of the stage turned into a minimal kitchen, such is the ideally simple setting chosen by stage director Frank Van Laecke to haveus listen to the confidences of an extraordinary woman, the actress Vanessa Van Durme. She welcomes us from her place on the stage, barefoot and in a pink négligé, to tell us her story, that of the first transssexual in Ghent. It is the epic of a reinvented madonna narrating the treacherous hardships of an ordeal that eventually succeeded in freeing a captive soul which knew it could not exist but within a woman’s body.

Patrick Sourd
 
  LE MONDE
jeudi 22 novembre 2007

Vanessa, homme devenu femme
Un récit de vie, un spectacle bouleversant au Théâtre des Abbesses à Paris

Vous avez peut-être vu en 2000, Vanessa Van Durme dans Tous des Indiens du chorégraphe et metteur en scène Alain Platel. Elle jouait une mère d’une famille souveraine malgré la pauvreté. La revoilà dans Regarde Maman je danse, écrit et joué par elle seule. Vêtue d’une combinaison rose, pieds nus, elle raconte son histoire. Celle d’un bébé de cinq kilos qui naît en Belgique en 1948. Un garçon. Mais comme il est étrange, en grandissant, cet enfant. S’amuser avec des voitures ne l’intéresse pas. Se déguiser en pirate non plus. Au fond de lui, il sent – il sait – qu’il est une fille.
Accepter d’être ce que l’on est, dans le cas de Vanessa, c’est faire un long chemin pour le devenir. en se laissant pousser les cheveux et des seins, d’abord. Puis en allant à Casablanca, en 1975, pour se faire enlever ce sexe d’homme qui ne lui a jamais semblé lui appartenir (« un petit demandeur d’asile qui voulait rester là mais ça n’allait pas ») et le remplacer par un vagin. Ainsi, Vanessa devient « la première transsexuelle de Belgique ». À une époque – celle du film de Rainer Werner Fassbinder L’Année des treize lunes – où la médecine ne fait pas dans la dentelle, et le regard des autres, pas de cadeaux. « Tu regrettes ? » demande la mère à sa fille avant de mourir. « Je ne sais pas. Je ne pouvais pas faire autrement. » Pas faire autrement que d’arrêter d’être acteur, après les études au Conservatoire de Gand (on veut lui faire jouer Roméo, elle se sent Juliette), puis passer
      par des années de prostitution et enfin d’accepter que, quoi qu’elle fasse, elle sera toujours pour les autres « un phénomène ». mais c’est une femme tout simplement qui est là, sur scène, avec son mètre 90, sa combinaison rose et ses pieds nus.
Quand elle parle de la première fois où elle a été pénétrée par un sexe d’homme, son visage marqué est de toute beauté. « Je me suis sentie incroyablement heureuse. C’était si bon. Rentrer chez soi, arriver au port. Le voyage avait été si long. »
Un voyage que Vanessa raconte sans le masque de la pudeur, en faisant rire la salle aux éclats. mais ces rires s’effacent peu à peu. Aux applaudissements, on sent que chacun aurait envie de prendre dans ses bras cette femme bouleversante. Parce que c’est une femme qui n’a jamais renoncé. Une leçon de vie.

Brigitte Salino
 
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