Théâtre sans frontières

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Des lignes et des cercles

Un projet pour tous

Il vaudrait bien mieux, comme nous l’a récemment montré Albert Camus dans L’État de siège, que nous abordions les temps nouveaux avec de l’espoir et de l’élan, avec du courage plutôt que de la peur, avec même un peu plus de joie. Avec tout sauf le repli sur soi et le rejet de l’autre qui enflent déjà de manière alarmante ici et là en Europe. Après tout, les nouvelles générations nous jugent et nous regardent.

Au Théâtre de la Ville, nous mettons un point d’honneur à n’éprouver aucune défiance envers la différence et l’altérité. Au contraire, désirons-nous convoquer toutes les cultures, toutes les audaces, tous les visages, les nouveaux comme les anciens, tous les publics, savants ou non, jeunes ou moins jeunes, proches ou lointains. Tous les cercles.

Nous consacrons d’ailleurs une part déterminante de notre projet au développement de liens avec les différents publics. Grâce à l’engagement des artistes comme des acteurs de la troupe, nous développons des projets d’envergure dans les écoles, où nous avons mis en place 62 ateliers hebdomadaires et donnons plus de 200 représentations chaque saison, ainsi que dans les centres de loisirs, les centres sociaux, les associations. Nous menons des ateliers annuels auprès d’enfants et adolescents autistes, des initiatives régulières auprès des spectateurs malentendants ou malvoyants.

Le Théâtre de la Ville, c’est notre conviction, doit être un lieu d’égalité, il doit offrir à chacun la possibilité de trouver un accès, quel qu’il soit, (par les enseignants, les amis, l’engagement des artistes eux-mêmes) aux œuvres d’art, quelles qu’elles soient. Ce qui est démocratique, pour reprendre la belle formule de Brecht, c’est d’arriver à faire du petit cercle des connaisseurs un grand cercle des connaisseurs. Parce que l’art doit nous donner l’occasion « d’entrer dans la danse » plutôt que de le recevoir passivement, d’en devenir une partie intégrante et non un consommateur passif.

Saison 2017 - 2018

Cette saison, notre deuxième « hors les murs », se déploiera du Théâtre des Abbesses à l’Espace Cardin – notre nouvel écrin restauré grâce à l’engagement de la Ville de Paris – ainsi que dans les théâtres partenaires, dont la confiance a rendu possible sa belle diversité. Qu’ils en soient ici remerciés, comme doit l’être toute l’équipe du Théâtre de la Ville pour son implication et sa ferveur à développer un projet dont les grands axes demeurent la pluridisciplinarité, l’ouverture à l’international et aux vents de la jeunesse.

Placée sous le signe de l’engagement, la saison à venir réunira plus de 30 nouvelles créations en danse, en théâtre et en musique, venues de 26 pays représentant tous les continents. Nous convierons 15 nouveaux artistes ainsi que les grands noms de la scène internationale auxquels nous tenons à demeurer fidèles.

Alors que le Théâtre de la Ville continue de faire peau neuve, nous nous réjouissons en effet de pouvoir toujours vous présenter, chez les différents lieux partenaires, les dernières créations des chorégraphes et metteurs en scène, qui sont nos compagnons de route et dont les pièces appellent de grands plateaux. Vous retrouverez les chorégraphes Israel Galván, Angelin Preljocaj, Maguy Marin, Hofesh Shechter, Akram Khan, Anne Teresa De Keersmaeker, Honji Wang et Sébastien Ramirez, Jérôme Bel, Dimitris Papaioannou, Emanuel Gat, Pina Bausch, Christian Rizzo, ou les metteurs en scène Robert Lepage, Simon McBurney, Vincent Macaigne ou Aurélien Bory notamment. En danse comme en théâtre, nombre de projets donneront la « parole » à des témoins du monde d’aujourd’hui et porteront un regard à la fois singulier et citoyen sur les temps que nous traversons : le danseur syrien Mithkal Alzghair évoquera le corps face à la guerre et à l’exil, les Colombiens de Mapa Teatro, la guérilla et le processus de paix, Bérangère Jannelle enquêtera sur notre Europe, la chorégraphe chinoise Wen Hui revisitera les ballets officiels de la Révolution culturelle, l’auteur-metteur en scène associé Mohamed El Khatib interrogera notamment les rituels collectifs de supporters (Stadium), la Coréenne Lyon Eun Kwon dansera pour échapper au service militaire de son pays, tandis que Robyn Orlin évoquera Louis XIV et le chorégraphe burkinabé Salia Sanou le drame des réfugiés.

Aux côtés de ces propositions ancrées dans le réel ou le documentaire, dont la veine est si intensément créative aujourd’hui, nos choix se sont portés sur la redécouverte d’œuvres méconnues du répertoire mondial : Mme Klein de Nicholas Wright créé par Brigitte Jaques-Wajeman, Le Traitement de Martin Crimp par Rémy Barché ou encore la re-création de L’État de siège d’Albert Camus. Avec La Maladie de la mort de Marguerite Duras par Katie Mitchell, La Pitié dangereuse de Stefan Zweig par Simon McBurney, Le Récit d’un homme inconnu d’Anton Tchekhov par Anatoli Vassiliev ou Bouvard et Pécuchet de Gustave Flaubert par Jérôme Deschamps, l’adaptation d’œuvres littéraires pourrait être un autre fil rouge d’une saison, aussi ouverte à la diversité des formes qu’engagée dans les sujets qu’elle aborde.

La saison musicale nous met au diapason de l’ouverture à l’autre. Des rencontres exceptionnelles avec le monde sont attendues : le Chili avec une évocation de l’immense Violeta Parra, un temps fort sur le Liban avec l’Institut du Monde Arabe, et un week-end sur le Pakistan dans tous les espaces de Cardin. Nous sommes heureux de pouvoir vous faire entendre de grandes pages de la musique classique : une intégrale des Trios de Beethoven, le piano mis à l’honneur, et tout un week-end avec Amandine Beyer… Musique classique et musiques du monde se retrouveront autour de la Roumanie lors de notre festival Chantiers d’Europe, qui s’attache à faire découvrir les artistes de pays que nous n’estimons pas suffisamment représentés sur nos scènes.

Nous mesurerons ainsi combien la danse, le théâtre et les musiques peuvent nous aider à éprouver les liens entre intime et histoire, à appréhender notre présent comme notre avenir à l’aune des corps, des langages, des cultures heureusement si diverses. Si l’art n’est pas toujours une consolation suffisante en ces temps troublés, sa force demeure, en tout cas pour celui que nous appelons de nos vœux, d’allier continuellement fonction critique et principe de plaisir, sans lesquels la vie humaine ne vaudrait pas d’être vécue.


Emmanuel Demarcy-Mota, avril 2017