Théâtre sans frontières

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"Il est grand temps de rallumer les étoiles." Guillaume Appolinaire

Comme nous le rêvons

À une époque où l’on semble craindre le futur et l’ouverture et où règne l’idée dominante que tout a déjà été inventé, notre besoin d’échanges et nos désirs artistiques marquent notre refus de cet « air du temps ». Ensemble, nous souhaitons continuer à inventer des chemins de traverse, des façons nouvelles d’interroger le monde, des élans créateurs qui trouvent leur pleine mesure dans la rencontre et le partage avec d’autres artistes, avec tous les publics, à l’encontre d’un discours de déclin qui voudrait trop souvent s’imposer.

La fabrique du réel

Un théâtre est le lieu de tous les possibles : nous aimons y fabriquer des univers, organiser la rencontre des langues, des corps, des images et des sons. Pour que la magie ne cède jamais la place à l’habitude, la recherche est indissociable de la création. Un théâtre est donc aussi un laboratoire, qui ne doit jamais oublier sa finalité : le nécessaire regard du spectateur, miroir sans lequel l’expérimentation est vaine. C’est ce que nous mettons en œuvre, notamment depuis l’Espace Cardin où nous sommes postés : un lieu de fabrique où les artistes expérimentent et élaborent leurs créations, où – avec l’astrophysicien Jean Audouze – nous invitons scientifiques et chercheurs à nous rejoindre pour entrecroiser récits poétiques et scientifiques.

L’heure du choix

Notre principe d’esthétique dans l’invention d’une saison est de privilégier dans un même mouvement simplicité absolue et complexité infinie, afin de réunir les modalités de ce que les surréalistes appelèrent un jour le « facteur beauté ». Préférer toujours le populaire au populisme, penser qu’une œuvre d’art, par les énigmes et les mystères qu’elle convoque, peut toucher le cœur du plus grand nombre, si nous faisons l’effort d’en faire une aventure commune et généreuse, parier sur ce muscle qu’est la curiosité, qui ouvre sur l’Autre et sur le monde.

Une galaxie

La période de rénovation de la grande salle du Théâtre de la Ville, place du Châtelet, doit donner lieu à un nouvel élan : celui d’un théâtre véritablement dans la ville, qui vient habiter joyeusement l’ensemble de son territoire, pour une période abordée comme un chapitre de son histoire, un projet artistique neuf plutôt qu’une simple parenthèse. Grâce à l’esprit d’aventure et aux convictions qui sont les nôtres, grâce à la fidélité des artistes du monde entier et à l’implication de toute l’équipe du Théâtre et au soutien de la ville de Paris, nous avons inventé une nouvelle cartographie, qui évolue d’un côté à l’autre de la Seine, de l’Espace Cardin à la salle des Abbesses, en passant par chacun des 9 théâtres partenaires – que je remercie ici chaleureusement.

Pour cette saison, un nouveau lieu : le 13e Art, salle de 1 000 places dotée d’un grand plateau, située place d’Italie. Ici se poseront notamment la création pour tous les âges de Jungle Book par Robert Wilson, ainsi que les dernières pièces d’Akram Khan et d’Israel Galván, une reprise exceptionnelle de Rhinocéros ou Le Sacre du printemps, le chef-d’œuvre intemporel de Pina Bausch, transmis à des danseurs africains grâce à un partenariat entre l’École des Sables dirigée par Germaine Acogny et la Fondation Pina Bausch. Une nouvelle aventure démarre là, ouverte à tous les publics.

Bientôt 2020

Nous sommes, à tout point de vue, à un tournant dans cette entrée dans le XXIe siècle, des questions nouvelles se posent à nous comme à chacun selon le train du monde, dans les arts et la culture, dans la politique et dans les mœurs ; bientôt 2020 : vingt ans, cela passe pour être une génération. Si nous gardons à l’esprit une inquiétude légitime sur le début de ce siècle, sans jamais céder au découragement ni au désespoir, c’est que nous avons choisi de mettre toujours le cap sur l’avenir et de prendre la jeunesse comme matrice. Ainsi avons-nous initié cette année la Charte 18-XX1, qui prend pour point de départ l’entrée dans la majorité des premiers enfants du siècle, nés après 2000. Car nous aimons considérer que le xxie siècle commence avec cette jeunesse désormais en âge de voter, en capacité de choisir l’avenir qu’elle souhaite construire. 18-XX1 propose de fédérer un ensemble d’artistes, de scientifiques et de lieux culturels et éducatifs pour les inviter à réaliser des projets créatifs avec et pour les jeunes. Plusieurs réalisations de cette charte se sont déjà concrétisées à Rome, Lisbonne ou encore tout récemment dans le Grand Amphithéâtre de la Sorbonne, d’autres nous attendent encore cette saison, comme autant de nouveaux élans.

Les temps de la vie

L’enfance, nous l’avons tous en partage. Elle est le cœur du vécu et du rêvé : de nos premiers pas tremblants à nos courses d’adulte, nous y reviendrons toujours. Au fil des saisons, à travers le Parcours Enfance & Jeunesse et les créations que nous impulsons, nous travaillons à rapprocher les générations : enfants, adolescents et adultes. Espace de rencontre et de dialogue entre acteurs et spectateurs, artistes et citoyens. Au Théâtre de la Ville, nous interrogeons le présent et l’avenir, en compagnie des enfants de tout âge. Nous souhaitons les accompagner, et qu’ils nous accompagnent, dans la découverte du monde de l’art, de ses énigmes, de sa magie, de sa beauté. Nous leur ouvrons nos fabriques à rêver, à imaginer, dans l’espoir de les rendre amoureux d’un monde qui est le leur. Qu’un théâtre ne soit jamais un rempart impressionnant, mais une passerelle vers soi-même et vers les autres. Un terrain de jeu, ouvert à tous.

La carte des étoiles

Il suffit parfois de contempler les astres pour reprendre courage, et l’astrophysique, qui avec d’autres sciences nous accompagnera toute la saison, à ceci de rassurant qu’elle ouvre de nouveaux horizons. Car le Théâtre que nous rêvons n’a pas de frontières, au propre comme au figuré. Il se nourrit sans cesse d’ouverture et de découverte, avec bienveillance et humanité. Ainsi l’art, tout en exaltant notre esprit d’aventure, en vivifiant notre imaginaire poétique, pourrait bien aussi nous faire grandir, tous ensemble.

Emmanuel Demarcy-Mota, mai 2019