Espace Partagé

Espace Partagé

Catégories
${ getMainCategory(selectedNews) }
Retour
${ calendarTrans }
Aucun événement disponible
Partager

Pour Emmanuel Demarcy-Mota Il y a un caractère exceptionnel à pouvoir retravailler le même spectacle avec les mêmes acteurs vingt ans après, de continuer à explorer ensemble les mystères du jeu et du théâtre.


« SUR UNE SCÈNE CE N’EST PAS POSSIBLE! »

Six personnages en quête d’auteur est sans doute la pièce qui marque l’avènement du théâtre moderne en Europe, une pièce de rupture, comme en témoigne le scandale qu’elle provoqua à sa création à Rome en 1921, il y a tout juste 100 ans. Elle constitue un hommage à l’art théâtral tout en dévoilant la contradiction profonde entre cet art et le réel, entre la fiction et la réalité.

« COMME NOUS ÉTIONS AUTREFOIS »

Lors de sa création en 2001, nous venions de créer Peine d’amour perdue de Shakespeare au Théâtre de la Commune d’Aubervilliers. J’avais alors réuni une troupe de jeunes acteurs avec lesquels nous avions le désir de continuer à travailler et je voulais rencontrer deux acteurs, Hugues Quester et Alain Libolt, que je connaissais notamment pour leur travail avec Patrice Chéreau. La pièce offrait la possibilité de réunir une troupe qui allait intégrer deux acteurs plus expérimentés au groupe de jeunes gens que nous étions, et d’éprouver, ensemble, notre langage théâtral. La création a été une expérience fondatrice. Depuis, nous avons exploré ensemble d’autres univers et vécu chacun, dans notre vie professionnelle mais aussi personnelle, d’autres aventures. Aujourd’hui, nous avons le désir d’effectuer un retour aux origines d’une oeuvre qui nous a constitués en tant que groupe et de célébrer ensemble les 100 ans de la pièce et les 20 ans du spectacle.

« L’INSTANT ÉTERNEL »

Je m’intéresse autant aux défis posés par la mise en oeuvre du « théâtre dans le théâtre » qu’à la nécessité de représenter le drame terrible des personnages, d’en rendre toute la violence avec les armes de l’art. Je crois qu’aucune oeuvre du répertoire théâtral n’a interrogé avec autant de pro¬fondeur et de liberté le processus de création théâtrale, la notion de personnage, l’art de l’acteur, les enjeux de l’interprétation. Pour nous, la force inaltérable de la pièce tient autant à la mise en abyme du théâtre, qui est en quelque sorte son fondement, qu’à l’incroyable modernité du drame familial de ces personnages. Inceste, suicide, prostitution, mort sacrificielle de l’enfant au sein d’une famille recomposée… C’est cela qu’ils veulent porter à la scène et que Pirandello nous met au défi de montrer. Tout en faisant dire au Directeur/metteur en scène : « Comprenez, que sur une scène, ce n’est pas possible! Il faut représenter ce qui est représentable ! »

« TOUJOURS VIVANTS ET TOUJOURS PRÉSENTS »

Les Personnages sont ici comme des enfants abandonnés, en quête désespérée d’un créateur, puisque celui qui leur a donné vie refuse tout dialogue avec ses créatures. Cette figure paternelle les condamne à leurs solitudes et à leurs drames. Ils ont besoin d’un endroit pour se réfugier, et ce refuge sera le théâtre grâce auquel ils espèrent échapper à leur condition. Il est question de la fascination que nous inspire « le personnage » depuis la nuit des temps, son éternité, sa dimen¬sion intemporelle et universelle qui condense les grandes questions de l’humanité. Éternel, un personnage peut être supérieur au lecteur, au spectateur, à l’auteur lui-même. Il y a Shakespeare, mais il y a surtout Hamlet, qui traverse les époques autant que le monde. Hamlet, comme Antigone, ces êtres de révolte, privés eux aussi de parole et de scène par le virus, se retrouvent alors comme tous les personnages, condamnés à errer en silence, sans théâtre, en attendant désespérément la possibilité d’être à nouveau au monde et à la scène.

« ILS NE SONT PAS NOUS »

Les Personnages veulent jouer leurs drames, alors que seuls les acteurs devraient le faire. Les Acteurs deviennent ainsi des spectateurs. Le Directeur se rêve auteur. Nous inventons la figure d’un metteur en scène qui n’est pas moi, qui est un autre. Et c’est un autre qui dirige les acteurs, alors que c’est moi qui le dirige lui. Finalement, qui tire les ficelles ? Tout se joue devant des spec¬tateurs censément inexistants, puisqu’on est dans une salle de répétition, alors que dans l’ombre de la salle, des spectateurs bien réels assistent à ce drame. Ainsi, la pièce interroge la place du spectateur, ce qui nous convient, car nous ne pensons pas seulement faire du théâtre pour tous les publics, mais surtout pour un spectateur imaginaire, unique, mais qui peut être multiple.