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Quelques pages volées au carnet de voyage des créateurs de Ne pas finir comme Roméo et Juliette.

«Les invisibles de la société : on entend souvent prononcer ces mots. Certains ne veulent pas voir ce monde, le nient. Souhaitant aborder ce sujet de manière romanesque, nous avons songé à une histoire d’amour impossible entre deux jeunes gens : Romy, venue d’un monde invisible ; Pierre, d’un monde disons ordinaire. Roméo et Juliette de Shakespeare nous a servi de trame lointaine. Surtout, l’œuvre de Shakespeare est une mine où nous sommes allés piocher des phrases sur l’amour, la vie. Pierre les utilise pour écrire «l’horoscope shakespearien du jour_» dit à la radio par Sirius, qu’écoute Romy.

«Imaginer Pierre en écrivain rêveur et Romy en championne de ping-pong fut une façon de les singulariser dans un univers fort tout autant à l’image qu’à la scène. Entre leurs deux mondes, dont l’étanchéité est sous haute surveillance, s’est imposé le choix, non pas d’un mur, mais d’un pont que personne ne pense franchir tant les barrières mentales sont fortes. Romy, elle, le franchit.



«Nous ne voulions surtout pas que le monde invisible se situe dans une banlieue, nous avions songé pour l’autre côté à une ambiance portuaire. Nous avons tourné principalement au Havre : lumière magnifique, appel du large, possibilité d’un ailleurs. Et nous avons eu le souci que, des deux côtés, des gestes, des métiers témoignent de la quotidienneté de la vie. Autre choix : les masques des invisibles. Ni clownesques, ni vraiment humains, intenses, en feutrine bouillie, les larmes n’y coulent pas, le passage du temps ne s’y fait pas sentir. Nous avons avancé ainsi, pas à pas, avec le souci de donner une couleur, une atmosphère, sans livrer de clefs.

«Dès l’écriture du scénario, qui a duré trois ans, nous avons inclus notre travail de scène, la possibilité de bruitages, de manipulations d’objets. Travaillant en couple, nous avons mûri le projet y compris en cuisinant un plat de pâtes ! Confinement oblige, il a fallu tourner très vite, l’été 2020. Cela fut possible grâce à la grande complicité du chef décorateur, du chef opérateur, de toute l’équipe, dont les musiciens qui jouent eux aussi dans le film. Outre le choix des effets spéciaux, celui de la composition de l’image fut très important. Nous évoquions les films de Wong Kar-Wai, de Kaurismäki, leur épure, et à l’inverse, le cinéma plus baroque de Wes Anderson. Cet alliage de cinéma et de théâtre nous permet une liberté de création immense.»


Propos recueillis par Odile Quirot