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People United vient clore un cycle de pièces dédiées aux mouvements universels. Pour cet opus en particulier, vous vous êtes intéressée à l’acte du rassemblement, aux langages physiques universels que partagent les individus lorsqu’ils sont ensemble. Pourriez-vous revenir sur la genèse de ce projet ?

JOANNE LEIGHTON : Si la création de People United voit le jour en 2021, sa genèse remonte à 2010, lorsque j’ai commencé à collectionner des photos de rassemblements. À cette période, Internet avait déjà commencé à prendre énormément de place dans nos vies et la circulation des images était en train de se transformer. C’était très simple d’accéder à des images prises au coeur d’événements à l’autre bout de la planète, aussi bien dans la sphère intime que dans des zones à risques. Ce sont les contestations populaires du Printemps Arabe, fin 2010, qui ont d’abord enclenché ma pratique de collecte, puis je l’ai élargie à d’autres sujets, d’autres cultures. Qu’elles proviennent d’Inde, d’Égypte ou d’Europe, j’étais fascinée de voir que sur ces images, les mêmes gestes circulaient d’un pays à l’autre, les corps partageaient les mêmes mouvements, les mêmes expressions, quelle que soit la culture des gens rassemblés. Depuis, je n’ai jamais cessé d’accumuler des images.


À quoi ressemble cet atlas d’images ?

J. L. : L’atlas est aujourd’hui composé d’environ 900 images. On y retrouve des images d’événements de ces dix dernières années, de rassemblements, de soulèvements, de protestations, de célébrations, de rituels, de danse. Ces images illustrent aussi bien des événements de notre histoire collective que des moments intimes ou anodins. Si, au départ, il était uniquement composé de photos de la dernière décennie, il s’est peu à peu étoffé pendant les résidences de création. Certaines images « iconiques » plus anciennes et faisant partie de notre vécu collectif ont rejoint la collection; par exemple, la photo du podium du 200 mètres masculin lors des Jeux Olympiques de Mexico de 1968, où l’on peut voir les athlètes Tommie Smith et John Carlos le poing levé et ganté de noir, en protestation contre la discrimination dont les citoyens noirs américains sont victimes.


Comment avez-vous élaboré la chorégraphie à partir de cette collection d’images ?

J. L. : Lors de la première résidence, j’ai commencé par catégoriser les 900 photos avec des « labels » chorégraphiques, comme toucher, retenir, tirer, pousser, jeter, courir, ou selon les éléments importants qui caractérisent la photo (une expression du visage, des objets…). Au départ, nous avons travaillé avec une gamme très restreinte de 13 photographies puis le champ s’est élargi à des thèmes comme le carnaval ou le rite. Nous avons ensuite expé ri menté différentes manières d’aborder physiquement ces images, de les incarner, de les composer et les décomposer. Un des enjeux principaux était de travailler ensemble à la recherche d’un « corps authentique ». Tous les détails étaient importants pour nourrir l’imaginaire et l’expérience de chacun: si le corps est dans l’herbe, sur le bitume, s’il fait chaud, nuit, s’il y a de la poussière, de potentielles odeurs, du bruit…

Au-delà d’être dans la simple représentation, c’était important de développer un travail d’empathie. Pendant très longtemps, j’ai apporté des objets sur le plateau : des palettes, des briques, des bâtons, des morceaux de tissus, etc. C’était primordial que les danseurs manipulent ces objets, aient leur poids entre les mains pour que leur corps puisse en garder l’empreinte. Ces périodes de travail en commun ont permis de construire une base de connaissances et d’expériences pour les danseur(euse)s.


Propos recueillis par Wilson Le Personnic (extraits)