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DES CHOIX POINTILLEUX POUR LIBÉRER LE REGARD.


Kernel et Percut sont deux pièces très différentes, ici réunies dans un seul programme. Existe-t-il quelque lien souterrain entre elles ?

PIERRE PONTVIANNE : Je pense que certaines personnes vont voir un lien fort entre les deux, déjà puisque c’est la même personne qui les a faites. D’autres n’en verront aucun. Kernel développe un rapport d’hyperconnexion des corps qui forment comme un noyau où tout est fusion et défusion. À partir de là, tout peut naître : des images, une histoire, de la physicalité pure et dure… Dans Percut, tout part du cri. Il est ce détail qui apparaît pendant notre pro¬cessus de recherche. Nous l’attrapons au vol et un sujet va émerger. Mais je laisse au public le soin de définir ce sujet.


Vous semblez vouloir éviter d’orienter le regard du spectateur ?

P. P. : Je ne peux pas avoir de discours sur mes pièces. Ce n’est pas pour me cacher derrière l’objet, mais il est au contraire très important pour moi de ne pas définir ces choses à l’avance, d’autant plus que je ne suis pas un spécialiste qui ferait une recherche sur quelque chose. Au contraire, je cherche ce que je cherche. Quand nous commençons une création, nous ne savons pas où nous allons. Au fur et à mesure, certaines choses s’imposent à nous et parfois ça dialogue avec l’actualité.


L’artiste interroge le monde et l’humain. Et il le fait à travers un vecteur, un langage, une forme. Comment formulez-vous vos questions à travers la danse ?

P. P. : Pour moi, la question des genres artistiques ne se pose même pas. Une oeuvre reste une rencontre entre un imaginaire d’artiste, le spectateur et un contexte de société où des fils peuvent être tirés, fils qui sont à la fois politiques, philosophiques, sensibles et person¬nels, même quand une écriture se définit par des choix très pointilleux. Chez moi, certains appellent cela « radicalité ». Aussi chaque oeuvre répond à des questions très singulières. Mais les questions que je me pose ne sont peut-être pas les mêmes que celles que le public peut se poser.


Reste que vous créez vos oeuvres pour la scène, avec et à travers des danseurs.

P. P. : À partir de son corps, le danseur peut convoquer un langage musical, pictural, théâtral… Au cours de mes créations, la rencontre avec l’interprète reste un mystère en soi. L’interprète a une connaissance qui n’est pas la mienne, il me donne quelque chose dans un dialogue intense. Mes pièces dépendent vraiment des interprètes et leur appartiennent.


Cependant, votre signature est précise et forte jusque dans le moindre détail.

P. P. : Je ne cherche pas à techniciser mes pièces, mais il est vrai que chaque détail a un impact. Il n’y a pas de bons ou de mauvais choix, mais il est impossible de ne pas trancher concernant les interprètes, les couleurs, les qualités… Le regard du spectateur est donc dirigé. Par exemple, les manches retroussées dans Percut: bien sûr que c’est volontaire. Ensuite tout un imaginaire se déploie à partir de ça. Qui se retrousse les manches ? Chacun apportera sa propre réponse.


Propos recueillis par Thomas Hahn