Théâtre sans frontières

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Vous avez commencé votre carrière dans le théâtre. Comment êtes-vous passé à la danse ?

BEN DUKE: J’ai une formation de comédien. J’ai brûlé les planches pendant une année et créé une mise en scène. Mais au cours de ma formation je m’intéressais de plus en plus aux arts du geste et à la danse, grâce à une professeure formée à l’école Jacques Lecoq à Paris. À vingt ans j’ai vu mon premier spectacle de danse, Bernadetje d’Alain Platel. Ça a bouleversé tout mon imaginaire par rapport aux possibilités d’aborder la scène. Je voulais donc devenir danseur et ça m’a pris quatre ans de formation.

Que représente pour vous cette création en tant que chorégraphe invité par la compagnie londonienne Rambert ?

B. D. : chez Rambert j’ai créé pour la première fois avec une vingtaine de danseurs et des musiciens sur scène. Un vrai défi. Je viens de l’interrogation sur l’intimité entre l’interprète et le spectateur. avec rambert, j’ai pu transposer ça à une autre échelle, et c’était surprenant pour leur public habituel.

Comment avez-vous développé le sujet et le concept de Goat ?

B. D. : Tout est parti de Nina Simone chantant Feelings, live au festival de Montreux en 1976. elle y fait surgir tellement d’émotions différentes. sa relation avec le public est subjugante et très évolutive. Je me demandais s’il serait possible de créer une pièce entre danse et théâtre restituant une telle ambiance. l’autre volet est son engagement vis-à-vis de la société. l’artiste a une responsabilité et simone la prenait très au sérieux. D’où le titre de Goat, une référence au scapegoat, le bouc émissaire. ensuite il y a eu l’attentat islamiste à londres, deux jours avant le début de nos répétitions. nous avons passé notre première journée de travail à discuter : Quel sens pouvait-il faire de danser au sein d’une cité sous une telle tension?

La chanteuse Nia Lynn est blanche, ce qui exclut toute idée de reenactment par rapport à Nina Simone. était-ce la raison de ce choix ?

B. D. : Au-delà de la qualité vocale, il nous fallait une artiste capable d’entrer en communion avec les danseurs et sentir cette musique de tout son corps. nia offre tout ça. Bien sûr, nous étions conscients de soulever la question de l’appropriation. et nous thématisons ce décalage au cours de la pièce. de toute façon, ma situation en tant qu’homme blanc européen n’a rien à voir avec celle de nina simone. elle était une femme engagée en son temps, et nous voulons être à ses côtés, dans notre contexte et à notre époque. Nous commentons l’actualité et les textes sont mis à jour avant chaque série de représentations.

Beaucoup de vos créations portent des titres faisant référence aux animaux. et votre propre compagnie s’appelle Lost Dog. Y a-t-il un rapport avec le fait que vous vivez à la campagne ?

B. D. : Sans doute. J’ai quitté Londres il y a huit ans, avec mon épouse, une ancienne danseuse du Nederlands Dans Theater. nous avons deux filles et avons décidé de donner la priorité à la « nature » par rapport à la « culture ». Par contre, Lost Dog est surtout un euphémisme par rapport aux chiens bâtards. car c’est ainsi que je vois mes créations pour la scène par rapport aux genres artistiques, entre danse, texte et musique.

Propos recueillis et traduits de l’anglais par Thomas Hahn