Théâtre sans frontières

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Nouvelle figure du paysage chorégraphique portugais, Marco Da Silva Ferreira s’attache à explorer les riches notions d’héritage et de mémoire, dans des pièces à l’énergie brute. découvert en 2017 lors de Chantiers d’Europe, sa dernière création Brother opère de nombreuses hybridations entre des danses tribales et urbaines, pour en souligner toutes leurs puissances collectives et fédératrices.

Avec votre nouvelle création Brother,vous retrouvez une partie des interprètesde votre précédente pièce Hu(r)mano. Quelsliens peut-on tisser entre ces deux pièces ?

MARCO DA SILVA FERREIRA : Dans Brother je prolonge un travail sur la culture urbaine déjà entrepris avec Hu(r)mano, cette fois-ci à travers un prisme plus historique, notamment lié aux origines de ces danses. Dans Hu(r)mano,les références chorégraphiques sont plus évidenteset grand public (la house, le popping, le new style), alors que dans brother les références sont plus souterraines (le kuduro, le pantsula, le voguing). Une grande partie de la culture dite urbaine vient des cultures africaines, je me suis alors concentré à tisser des liens entre ces différents styles de danse et leurs états d’esprit à travers une lecture contemporaine.

Comment s’est déroulé le processus de création de Brother ?

M. D. S. F. : Pour Hu(r)mano, le travail avec les danseurs a duré dix semaines, avec une écriture déjà bien définie en amont, contrairement au processus de création de Brother qui s’est étalé sur plus d’un an et demi. L’écriture de la pièce s’est donc développée au fur et à mesure des résidences, principalement sous forme de « négociations » avec les références dont je me nourrissais et leurs appro priations. Ces temps de recherche avec les danseurs ont également permis d’explorer et de développer un travail autour de la notion de collectif.

Comment ces « négociations » se sont-elles mises en pratique en studio ?

M. D. S. F. : Quand nous avons commencé à travailler sur brother, j’étais fasciné par la manière dont une danse que je ne connaissais pas et que je n’avais jamais vue, pouvait me sembler familière. Notre société occidentale transforme notre perception du corps – et je suis un pur produit de cette globalisation – mais il y’a toujours dans le corps des choses qui peuvent apparaître sous la forme de réminiscences. Pendant le processus de création, j’ai travaillé de ma nière totalement libre et empirique, comme un enfant, à la fois déresponsabilisé et enthousiaste. Les danses urbaines sont au départ des danses sociales, beaucoup d’entre elles sont ap pa rues à l’occasion de cérémonies, entre communautés ou familles, et cette appropriation sauvage est comme une sorte de métaphore des transmissions intergénérationnelles des savoirs et des pratiques.

Le paysage sonore de Brother semble également puiser dans les sonorités dites « primitives ».

M. D. S. F. : En effet. L’écriture de la musique s’est dé roulée en plusieurs étapes : dans un premier temps, avec des instruments acoustiques primitifs comme des flûtes, des bois, des tambours, etc., avant de travailler les enregistrements de manière à créer un paysage sonore qui semble être électro nique, technologique. De cette manière, par le biais de la musique, nous avons pu créer des ponts hybrides entre le passé et aujourd’hui. J’ai également souhaité insérer des plages de silence pendant la performance, afin de laisser la place à des sons plus concrets, comme le souffle, la voix, le déplacement des danseurs… Ce qui, à mes yeux, permet d’offrir une autre lecture de ces danses chargées intrinsè quement de musicalité.

La pièce est très marquée visuellement par les costumes et les visages jaunes des danseurs.

M. D. S. F. : Je souhaitais encore une fois superposer et faire dialoguer différentes époques et plusieurs cultures. Les costumes sont des vêtements de sport urbains/contemporains alors que les visages jaunes sont une manière d’évoquer une situation à caractère cérémonielle. J’aime cette opposition qui crée une figure ambivalente et instable. Pendant la pièce, nous modifions et/ou changeons nos vêtements pour des costumes qui peuvent paraître farfelus. Ces dif férentes silhouettes sont apparues pendant des im provisations en studio, lorsque nous travaillions à partir de vidéos que j’avais collectées en amont. On essayait de s’habiller comme les danseurs dans les vidéos, avec ce qu’on trouvait dans le studio. Puis avec le temps, ces exercices sont devenus une routine, nous inventions de nouveaux costumes à chaque répétition.

Propos recueillis par Wilson Le Personnic, maculture.com