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UN INFATIGABLE INTÉRÊT POUR LA VIE

Stations se décline en quatre parties. Est-ce une idée cyclique, comme éventuellement les quatre saisons ?

Rien de tout ça. Au départ je voulais créer une pièce portée par un seul souffle, une seule danse qui se développe sur la durée. C’est une vielle idée, toujours à réaliser. Qu’il y a ici quatre stations est une idée qui s’est imposée au cours de la création. Car j’ai finalement toujours besoin de séparer un peu les différentes danses avec leurs qualités et esprits différents. J’avais déjà songé au mot station pour mon duo Mille batailles que je voyais comme mille rounds, comme pour un match de boxe par exemple.

Chaque station a ici sa propre musique ?

Oui. Celle du premier tableau, plutôt électroacoustique et vraiment écrite sur ma danse, est d’Antoine Berthiaume avec qui j’ai créé Mille batailles. Deux stations sont associées au saxophoniste Colin Stetson qui a la particularité de travailler avec un souffle continu. C’est puissant et en même temps lancinant et sombre. J’ai chorégraphié la deuxième partie directement sur sa musique. C’est une danse animale, comme un cri, dans l’urgence. La troisième, plus joueuse et sensuelle, est du groupe rock canadien Suuns and Jerusalem in My Heart, prolongée par Berthiaume. À la dernière station, on entend de nouveau Stetson, mais retra¬vaillé par Berthiaume et finalement fondu dans une musique de Blixa Bargeld d’Einstürzende Neubauten, groupe allemand qui avait déjà créé la musique pour Infante c’est destroy de La La La Human Steps. Bargeld a travaillé avec un compositeur italien, Teho Teardo. Cette musique est très poétique.

À plus de soixante ans, vos fulgurances n’ont rien perdu de leur force. D’où vous vient une telle énergie ?

J’aime être dans le concret, dans l’action, avec la foi que les choses peuvent encore être belles, tout en étant consciente des grands problèmes de l’humanité. Danser est ma façon d’y réagir et d’agir. C’est ma nature : une curiosité, une sensibilité, un intérêt pour la vie, les autres, les couleurs, les sons, le mouvement, les formes… Je suis comme ça depuis ma naissance, toujours éveillée et curieuse, et j’ai deux frères qui sont pareils, vraiment infatigables. C’est donc mon ADN.

Aimez-vous à sonder les limites de votre corps ? Cherchez-vous une sorte d’énergie originelle ?

Quand je travaille en studio, je reviens à un état originel car le corps me répond toujours de façon juste. Il me parle. Et ça m’étonne à chaque fois. Aller au studio, c’est m’autoriser à chercher ce que mon corps peut encore me trouver de nouveau. Et il y a toujours, avec le temps, des choses qui surgissent et m’enthousiasment.

De votre danse avec les autres chez Édouard Lock à la danse en solo dans Stations, quelles différences ressentez-vous ?

Il y a avant tout des ressemblances. Bien sûr qu’il y avait une connexion intellectuelle très forte avec Édouard et une connexion physique avec les danseurs. Mais la force de cette danse à deux ou à trois venait du fait que le rapport à l’autre ne se faisait jamais aux dépens de ce que nous étions chacun. Dans le mouvement nous étions seuls car désunis dans nos tentatives d’ap¬proche et nos batailles. Les mouvements devaient m’appartenir comme si je les avais entièrement inventés moi-même. Et au¬jourd’hui, même seule en scène, je suis tout de même bien entourée. Je ne me sens finalement pas seule.


Propos recueillis par Thomas Hahn