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Nature of a Fall est votre quatrième pièce présentée au Théâtre de la Ville. Quel en est le sujet?
Je pose ici un regard sur la condition humaine où trois femmes et trois hommes constituent un microcosme, un groupe qui est en train de perdre ses valeurs, sa cohésion et donc son emprise. Ils essaient de reconstruire quelque chose, dans l’urgence, dans un espace conflictuel. Aussi leur rencontre est très physique, comme dans certaines de mes pièces précédentes, notamment Submission et One More Thing.

En anglais, le mot de fall désigne la chute et, par extension, l’automne. Dans quel sens l’entendez-vous?
La chute peut ici être une référence morale ou bien viser la nécessité de se débarrasser de l’an- cien pour que quelque chose de nouveau puisse naître. Le groupe doit accepter de tuer une idée afin d’en construire une autre, à l’image des arbres qui perdent leurs feuilles pour les renouveler. Il faut que l’homme et la nature se réconcilient, pour que l’humanité puisse dépasser ses forces autodestructrices.

L’idée est donc d’accepter le lâcher-prise et la séparation, pour rendre possible le renouveau ?
Tout à fait. Il faut accepter qu’il y a un prix à payer et que nous avons une destinée commune. Nous vivons dans un monde où le bien et le mal ne sont plus identifiables, ou sens et non-sens se valent. Nos vies se vivent en solitude et cela signifie que nous devons prendre nos responsabilités. Je le dis d’autant plus que mon identité, à la fois arabe, chrétienne et israélienne, m’a appris à chercher le dialogue, le frottement et une certaine qualité dans le regard sur «l’autre».

Si Nature of a Fall n’est pas en soi une pièce à portée religieuse, elle semble interroger le lien entre les humains dans le sens originel de religion, à savoir religare.
Quand je regarde le monde actuel, je vois une humanité en train de perdre ses valeurs. Et je pense à L’Idiot de Dostoïevski ou au film Rocco et ses frères de Luchino Visconti, œuvres qui parlent de la déchéance des liens entre les hommes. Je suis traversé par Michel de Montaigne et le Zarathoustra de Nietzsche, selon lequel les difficultés dans la vie sont faites pour être surmontées. Ce qui m’amène à un endroit où l’art aborde les ténèbres et la douleur, inséparables de la nature humaine.

Vous créez une pièce autour du thème de la cohésion, avec six personnalités très différentes. Quel a été votre processus de travail?
Pour moi, la danse est une parabole, un langage libéré de l’obstacle des mots. Et pourtant, je com- mence toujours par eux. Aussi nous sommes partis d’improvisations et de discussions, pour trouver un terrain partagé. J’ai nourri notre recherche d’images diverses, dont celle de la faille, autant entre deux positions ou groupes que dans son sens géologique. À partir de là, nous avons enquêté sur les grandes lignes de rupture dans l’histoire de l’art, dont l’une des plus signifiantes se creuse à partir des repré- sentations du Christ qui se sacrifie sur la croix. C’est pourquoi ce don de soi, qui a répandu dans le monde une nouvelle forme de compassion, inspire certaines de nos compositions chorégraphiques.

Propos recueillis par Thomas Hahn

Danse

0407 févr. 2026

ADI BOUTROUS Nature of a Fall • Création

avec 6 danseurs