Théâtre sans frontières

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Habituellement, la transmission d’une pièce, et il s’agit le plus souvent d’un solo, vise à réincarner une œuvre le plus fidèlement possible. Pour Wang Ramirez, le but était ailleurs : Inspirer un public jeune par la problématique de l’altérité, question au cœur de leur duo Monchichi.

Une Parisienne d’origine taïwanaise est-elle vraiment chinoise ? Un Napolitain, est-il vraiment italien, surtout s’il vit à Berlin ? Que font de nous nos identités recomposées, à partir de l’enfance et des hasards de la vie ? Préférons-nous les nouilles, la pasta, les patates ou tout à la fois ? Entre quels idiomes zappons-nous au gré de nos idées ? Shihya Peng et Marco di Nardo n’ont besoin d’aucun discours pour démontrer que le chemin de vie de chacun s’emprunte à la barbe des stéréotypes. Il n’y a qu’à voir comment ils s’approprient ici l’opus fondateur de Honji Wang et Sébastien Ramirez, le fameux Monchichi, où les deux chorégraphes s’amusent de leurs propres origines, rejouent les péripéties de leur rencontre et tendent un miroir facétieux à leur quotidien.

Alors, pourquoi cette opération de transmission à deux jeunes interprètes ? Avant tout, en raison d’un désir : Parler des mêmes questions à un public jeune, tout en l’amusant, pour le sensibiliser aux vertus de la rencontre, dans un monde où l’esprit penche chaque jour un peu plus en faveur d’un renfermement sur soi. Il fallait donc adapter le texte, pour passer d’une relation de couple à une rencontre entre deux personnes aux origines complémentaires, comme elle se produit tous les jours, dans la vie bien réelle et non seulement par médias sociaux interposés.

En Fabrice Melquiot, Wang et Ramirez ont trouvé un dramaturge qui sait pleinement comment s’adresser à la sensibilité des jeunes en ce monde. La transmission accomplie, l’esprit est toujours aussi espiègle et se fait même un brin plus farceur qu’avant, d’autant plus que Fabrice Melquiot s’est laissé prendre au jeu, acceptant de mettre son écriture à l’épreuve du plateau. We are Monchichi s’est écrit et chorégraphié sur mesure pour ses interprètes, nourri de vraies anecdotes de la vie de Peng et di Nardo, recueillis par Melquiot avant de passer à l’écriture. Aussi se paie-t-il les préjugés sur les Chinois, les Italiens et les Allemands, pour les évacuer par le rire. Wang et Ramirez ont ensuite eu la sagesse de laisser à leurs successeurs sur le plateau autant de libertés que possible, une fois la chorégraphie originale assimilée. Au final, les corps se font autant universels que personnels et authentiques, brassant hip-hop, contemporain, acrobatie et comédie. Pour une danse qui, tel un être humain, n’est qu’un fleuve créé de tous ses affluents.

Thomas Hahn