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Une joie de vivre et de danser irrésistible !

Vous vous démarquez dans le paysage de la danse puisque vous tendez un miroir déformant à certains stéréotypes qui conditionnent notre perception du corps et de l’autre. Comment cet univers est-il venu à vous et que signifie danser pour vous ?

La danse était pour moi l’endroit où je pouvais être libre et être moi-même. Dans ma jeunesse j’étais ballerine et très mince. À partir de mes 26 ans, mon corps a commencé à s’étoffer. Que faire de ces rondeurs ? J’ai décidé de redécouvrir mon corps, pour voir quels mouvements pouvaient en découler. À cette époque, je voulais devenir chorégraphe mais je n’en avais ni le courage ni la confiance. En 2009 j’ai créé mon premier solo, A corpo libero, avec lequel j’ai gagné un prix pour jeunes chorégraphes en Italie.

On comprend que, s’il n’est facile pour personne de passer de l’interprétation à la création, un corps qui change radicalement peut déstabiliser davantage. Comment avez-vous réussi à franchir le cap ?

C’est la pratique du bouddhisme qui m’a petit à petit aidée à mettre en pratique mes idées pour la scène. J’ai aujourd’hui quarante-sept ans et la philosophie de Nichiren Daishonin continue à être le fondement et la racine de ma vie. Le mantra quotidien me donne force et stabilité lors de mes déplacements fréquents.

Existe-t-il un lien entre cette pratique et vos spectacles, si joyeux et espiègles ?

Le lien se fait par l’importance que je donne à la relation aux autres, entre les interprètes mais aussi avec le public. Chez moi, une personne sur scène est avant tout un être humain qui partage une expérience avec d’autres êtres. Un principe bouddhiste est d’être et vivre dans le présent pour créer l’avenir. J’aime partir d’improvisations et travailler selon un système action-réaction, en intégrant les spectateurs. Le but n’est pas de dire, voilà ma chorégraphie, elle est ainsi, mais d’être dans un vrai lien. Cela produit plus de bonheur et quelque chose se passe, énergétiquement, dans le théâtre.

Dans Graces, vous êtes sur scène avec trois danseurs classiques. Vous reliez donc ici votre première vie dans la danse et celle d’aujourd’hui.

Je veux ici revenir aux fondamentaux de la danse, au mouvement, en continuant à interroger les concepts de beauté et du genre. D’où le choix de travailler sur la sculpture Les Trois Grâces de Canova, mais avec trois hommes. Je me suis longtemps interrogée sur ma place dans le spectacle : nous sommes quatre, et donc en porte-à-faux par rapport à Canova. Mais autant que son trio est parfait, nos quatre présences créent une harmonie sur scène.

Comment les confinements ont-ils impacté votre travail ?

Ils m’ont fait entrer dans un état de grande confusion. J’ai été obligée de découvrir une autre manière d’être en lien avec les gens, par exemple en donnant des cours et workshops en ligne, surtout pour les étudiants à l’université qui souffrent particulièrement de l’isolement. Mon rapport au public s’est aussi transformé. Par exemple, je n’avais jamais senti la moindre inhibition à me présenter nue sur scène. Mais en ce moment, quelque chose me dit que la nudité n’est peut-être pas adéquate. Mon rapport au réel est perturbé. La réalité, c’est quoi, maintenant ? Je pense que cette période est un très bon exercice pour être vraiment ouvert, puisque la vie peut se transformer à tout moment. Je veux que mon travail ait un sens, et le faire avec des gens qui veulent construire quelque chose qui a une importance pour la société. Emmanuel Demarcy-Mota et le Théâtre de la Ville portent un tel projet.


Propos recueillis par Thomas Hahn


VOIR LA BIO DE SILBVIA GRIBAUDI