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Avec XYZ ou comment parvenir à ses fins, nous voici arrivés aux dernières représentations du grand ouvrage qu’est le premier abécédaire chorégraphique poursuivi de A à Z, oeuvre d’une vie qui, comme l’alphabet, inclut tous les possibles. Et maintenant, clape de fin ? Pas tout à fait. Car finalement il y a un Post-scriptum, écrit et performé1, qui n’en serait pas un si l’auteur n’était pas vraiment parvenu à ses fins. Mais qui dit fin, dit début. Pas de Z sans A. Alors, souvenons-nous. En 1985 Georges Appaix crée Antiquités, en relevant un premier défi déjanté. À savoir : danser les vers de L’Odyssée d’Homère dans la traduction classique de Victor Bérard ! Non sans péripéties, il poursuit son abécédaire jusqu’à ce XYZ, comme pour aller des origines à une libération. Lettre par lettre, il réalise vingt-six créations (voire un peu plus) en compagnie de ses complices, de plus en plus nombreux. Et surtout, fidèles.

Mais si on creuse un peu, on constate que tout avait commencé par le F. Car la pratique initiatique du jeune Georges Appaix était celle du ballon rond, objet autour duquel il développe son rapport au corps : « Il faut que […] les appuis au sol soient assurés mais prêts à tout départ, toute modification, que le dos soit disponible à toutes les flexions, les spirales, les extensions », écrit-il dans Post-scriptum. Il parle ainsi du foot mais vise la danse, par des mots qui pourraient aussi bien décrire le parcours souvent sinueux à travers ses pièces faites de parenthèses, de retours en arrière, de boucles … Où l’on se balade pour le plaisir de se perdre, sans jamais être dérouté. Car la présence de chaque personne, de chaque instant érige le chemin en aboutissement. Le grand abécédaire était exactement cela : un cheminement transformé en but.

« Tout était, dès le début de mes apprentissages, lié, relié : le mouvement, la voix, le texte, la musique », écrit-il. Plus tard, une composante d’arts plastiques est venue s’ajouter, jusqu’aux lettres en carton ou métal et en partie lumineuses dans XYZ... Avec sa compagnie La Liseuse Georges Appaix n’a cessé de pratiquer indiscipline, frictions et négociation entre les manières d’agir sur le plateau. « Tu veux être sur scène, tu dois donc avoir quelque chose à y faire », dit-il. Il faut « être là, pleinement, courageusement, malicieusement ». Être là et faire, à la fois artisanalement et fort d’une finesse absolue. De cette alchimie apparemment paradoxale sont issues une série de créations pétillantes et espiègles, jusqu’à XYZ où traînent cette fois quelques « antiquités », à savoir des fragments de pièces ayant marqué le parcours très lettré d’un immense homme de la scène.


Thomas Hahn

1 Post-scriptum. Le livre : Carnets, Centre national de la danse.


La performance (avec Georges Appaix et Carlotta Sagna) : le 9 décembre au Centre national de la danse.