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LA SOUPLESSE INSOUPÇONNÉE DES ICEBERGS

De son enfance en Grèce, en lien ombilical avec la nature, Christos Papadopoulos a hérité d’un imaginaire cinétique nourri par le mouvement des arbres, des essaims d’oiseaux dans le ciel ou des bancs de poissons. Aujourd’hui son univers chorégraphique regorge d’ambiances et de constellations où résonnent ces inspirations fondatrices. Mais ses essaims de danseurs sont des agrégations d’individus qui n’ont rien d’anonyme. Aux observations en milieu naturel se sont ajoutées ses études en sciences politiques et puis, en théâtre (à Athènes) et en danse (à Amsterdam). C’est leur dialogue qui constitue la source des états de corps chez ses danseurs, créant un lien subliminal entre l’homo sapiens urbanisé et son environnement originel, au sein d’une œuvre qui apparait aujourd’hui comme une vraie trilogie, d’Elvedon à Ion et finalement, Larsen C. Aussi, les créations de Christos Papadopoulos, souvent décrites comme minimalistes, seraient en vérité maximalistes. Et si cette danse était « répétitive », elle le serait comme la musique d’un Philip Glass ou d’un Steve Reich où tout se joue dans les variations, explorant richesses et libertés à partir de structures affinées avec parcimonie. Chez Christos Papadopoulos aussi, les schémas se transforment en espaces d’invention où les interprètes peuvent créer des identités cinétiques personnelles. Dans le même temps, leurs partitions collectives rétablissent notre lien avec une mémoire communautaire qui nourrit et structure également les danses traditionnelles, avec leurs variations permanentes sur des pas et phrases assimilées par tous. Et la liberté des interprètes devient celle du spectateur, qui peut se laisser bercer ou bien renouer avec des perceptions infimes qui, dans la vie quotidienne, restent souvent en-dessous du seuil de conscience. Pour pousser la métaphore jusqu’au bout, la pièce prend pour titre le nom de la plus grande plateforme glacière de l’Antarctique, passée sous les projecteurs suite au détachement, en 2017, d’un iceberg aux dimensions d’un département français. Si ce titre fait donc référence au réchauffement climatique, Larsen C rappelle avant tout qu’il est possible de percevoir partout les énergies et mouvements infimes, même ceux d’une étendue blanche, qui pourtant nous parait immobile dans son apparente infinitude. Car en vérité ce désert blanc est en recréation permanente, et donc en mouvement. Aussi les pièces de Christos Papadopoulos contiennent un appel implicite à ouvrir les yeux, entre autres sur la lente dégradation que nous infligeons à notre planète.


Thomas Hahn