Théâtre sans frontières

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Associer la musique à la langue est au cœur du travail de David Lescot, que l’on retrouve ce mois de janvier dans une évocation vibrante de Nina Simone avec Ludmilla Dabo.

Parlez musique à David Lescot, il vous répond cabaret. Réputé pour être fou de jazz, au point d’avoir appris à jouer de la guitare encore adolescent en autodidacte et s’être mis dès l’âge de quinze ans à la trompette après avoir entendu Chet Baker, sa passion première, affirme-t-il, n’est pas tant la musique que le music-hall. « Ce qui me plaît, c’est le mélange des genres. Cela vient peut-être de mon père : il chantait et jouait de la guitare et aurait aimé être un artiste de cabaret. C’est d’ailleurs là qu’il a commencé tout comme son ami Philippe Avron, non pas pour chanter mais pour dire des poèmes. Aujourd’hui, ça semble inimaginable. Mais c’est quelque chose qui m’a marqué, ce mélange des genres où le parlé, le récité, le chanté, le scandé flirtent avec la musique. J’ai toujours aimé sans retenue le café-théâtre. Pour moi c’est là que tout se renouvelle, qu’on pense au Café de la Gare dans les années 1970 et 1980 ou au Palais des Glaces un peu plus tard. Je me souviens d’y avoir vu Django Edwards, un clown punk dont les spectacles délirants ne ressemblaient à rien d’autre. À New York récemment j’ai vu Une histoire de la musique américaine, un solo de Taylor Mac, composé de 8 spectacles de 3 heures, chantés mais aussi adressés directement au public, où il raconte l’histoire de son pays, l’avènement des minorités et même comment il a fait son coming out. C’est extraordinaire. C’est du music-hall. Le sommet pour moi. » Malgré tout David Lescot reconnaît volontiers que la musique a toujours occupé une place importante dans sa vie. À commencer par le jazz.


« J’ai eu la chance, grâce à mes parents, d’assister souvent à des concerts et même de jouer avec de très bons musiciens de jazz. Je n’avais pas leur niveau évidemment, mais cela m’a permis de progresser et de comprendre cette musique en quelque sorte de l’intérieur. En dehors des trompettistes, Chet Baker, Miles Davis, Booker Little, un des musiciens qui m’a le plus fasciné, c’est Charles Mingus, autant pour ses talents de compositeur et d’arrangeur que comme interprète. À côté de lui je placerais Duke Ellington, l’élégance absolue. Même quand j’écris un texte la musique est essentielle. Le fait qu’un texte n’existe, par exemple, que parla diction, parle fait qu’il soit scandé est quelque chose qui m’intéresse énormément. Je travaille là-dessus en ce moment avec Élise Caron. Mais je pense aussi à Mike Ladd, avec qui j’ai travaillé récemment sur La Chose Commune, à la façon dont, en improvisant, il utilise les mots comme si c’étaient des notes de musique. Sur le plan rythmique et prosodique, cela donne des sensations incroyables. Cette manière spontanée d’associer la musique et la langue, c’est quelque chose qui me plaît beaucoup et qui, je crois, est au cœur de mon travail d’écriture. »

Propos recueillis par Hugues Le Tanneur