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Saturne est né de la rencontre de la metteuse en scène Noëmie Ksicova avec les comédiens de l’Oiseau-Mouche. Une compagnie atypique, fondée en 1978 à Roubaix, qui regroupe des acteurs professionnels en situation de handicap mental et travaille avec des artistes invités.


D’où vient l’histoire de Saturne ?

NOËMIE KSICOVA : Saturne, dans la mythologie, c’est ce dieu qui dévore ses enfants. Cela rejoint une thématique qui m’est chère, moi qui, dans mes spectacles, traque les traces du passé dans le présent pour voir à quel endroit ce qui n’existe plus est toujours vivant, et comment les his¬toires du passé peuvent rejaillir dans nos vies. Par ailleurs, je suis mère d’un petit garçon et je vois bien qu’il porte des choses qui ne lui appartiennent pas; ces questions m’habitent aussi sur le plan intime. L’histoire de Saturne en elle-même s’est dessinée au fil d’improvisations avec les comédien•ne•s. La pièce parle d’un enfant et d’une mère qui n’est plus capable du moindre geste d’affection. Face à cette situation, il comprend qu’il doit s’éloigner, entreprendre un voyage pour chercher dans le passé comment réparer le présent. Il y a quatre personnages: l’enfant et sa mère et un autre duo mère-fils issu du passé. La question centrale, c’est vraiment l’amour ma¬ternel; un texte de Marguerite Duras, sur les mères, a d’ailleurs accompagné le travail. Saturne, c’est l’emprisonnement que parfois le passé nous fait vivre, sans que l’on sache vraiment pour¬quoi, et la possibilité de s’en libérer. Cela raconte ce chemin-là.


Quelle est la particularité de ce spectacle ?

N. K. : C’est ma rencontre avec les personnes sur le plateau qui peut créer des désirs et une his¬toire. Et c’est vrai que la plupart des comédien•ne•s de l’Oiseau-Mouche ont un imaginaire et un univers qui m’ont amenée dans des zones où je n’aurais pas pu aller sans eux. Le texte de Saturne, je ne l’aurais pas écrit si je ne les avais pas rencontrés. Ils trimballent une poésie qui me fascine. La notion de handicap disparaît dans le travail, mais ils placent le public à un endroit d’écoute et de calme autre et qui me plaît beaucoup. Ils obligent à plus d’attention.


À quoi ressemble le spectacle dans sa forme?

N. K. : Contrairement à ce que j’ai fait jusque-là, moi qui crée pour les grands plateaux, nous avons voulu sortir de l’institution pour tourner dans des villages, dans des lieux non prévus pour le théâtre, en extérieur, partout. C’est un spectacle de tréteaux, très léger, il n’y a rien, aucun décor, à part quatre cubes qui définissent les différents espaces-temps. Nous sommes partis sur une structure de conte avec un narrateur en voix off, qui est aussi un comédien de l’Oiseau-Mouche, et une histoire qui se déroule comme un voyage. Et nous avons voulu faire un spectacle qui s’adresse à tous, à des gens qui ne vont jamais au théâtre et à tous les âges, y compris aux enfants.

Propos recueillis par Maïa Bouteillet