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Avec La Force qui ravage tout, David Lescot crée au Théâtre de la Ville une comédie musicale aussi cocasse qu’euphorisante où, la passion amoureuse chamboule radicalement l’ordre établi.

Votre spectacle met en scène les effets dévastateurs d’une représentation de L’Orontea, opéra du compositeur italien Antonio Cesti, sur un groupe de personnes contaminées par ce qu’elles viennent de voir au point d’en être transformées. D’où vous est venue cette idée aussi drôle qu’explosive des pouvoirs de l’œuvre d’art ?

DAVID LESCOT: Pendant le confinement, l’idée m’est venue de faire un spectacle sur une sorte de contamination. C’était une période où nous étions tous contaminés en quelque sorte. On avait peur de l’air qu’on respirait ; peur de tout ce qu’on touchait. Chaque personne étant perçue comme un propagateur potentiel, les rapports sociaux étaient modifiés. Avec en plus ce manque terrible en tant qu’artiste de ne pas pouvoir exercer son métier. Alors j’ai imaginé une forme de contamination qui soit artistique, émotionnelle, sentimentale, amoureuse. Curieusement à partir de cette idée, au lieu d’écrire un texte comme je le fais d’habitude, je me suis mis à composer de la musique. C’est seulement dans un deuxième temps que le texte des chansons est apparu, puis la structure d’ensemble du spectacle.

Il s’agit d’une comédie musicale où le désordre des sentiments occupe une place centrale. Le thème de l’amour est-il à l’origine de votre envie de composer une œuvre interprétée par des chanteurs et des musiciens ?

D. L.: Ce qui m’a intéressé dans ce spectacle, c’est la façon dont l’amour entre en conflit avec tout le reste. Le thème n’est pas tant l’amour en soi que ses effets dévastateurs. Je me suis demandé : qu’est-ce qui pourrait désorganiser cette société devenue si rationnelle, si laborieuse, au sens où aujourd’hui avec nos outils – ordinateurs, smartphones – on travaille tout le temps. Cette mobilisation infinie m’angoisse. D’où l’envie d’insuffler une dimension anarchique, un peu buissonnière, provocatrice, de mettre un peu de désordre dans tout ça. D’où l’idée de mettre l’amour en conflit avec l’argent, la politique, l’esprit de sérieux, et voir ce qui se passe. Dans le spectacle, l’amour est vraiment ce petit anarchiste qui vient tout chambouler. Ce qui convient parfaitement à l’univers de la comédie musicale.

Est-ce que ce projet n’est pas né aussi de l’envie, après la réussite d’Une femme se déplace, votre précédent spectacle, de refaire une création avec la même équipe ?

D. L.: Bien sûr. Le point de départ, c’est le désir de retravailler avec ce groupe. Le fait d’avoir déjà travaillé ensemble nous a permis de faire des choses techniquement plus complexes, qui demandent un engagement très fort de la part de chacun. Notamment dans la scène d’ouverture où le texte est scandé sur de la musique pendant dix minutes, avec des déplacements et des pas sur les temps forts. Grâce à la confiance qui règne entre nous, nous avons pu construire les différentes séquences en un temps record.

Propos recueillis par Hugues Le Tanneur