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L’OISEAU ET L’ALGORITHME


Comment et sur quelles bases travaille Le Patin Libre ?

Murmuration arrive à un moment où notre technique et notre approche chorégraphique sont mieux maîtrisées que dans le passé. On cherche la beauté dans le côté fonctionnel de la vitesse. Notre recherche de ces quinze dernières années s’emploie à introduire des mouvements nou¬veaux dans cet univers fonctionnel. Nous avons créé une chorégraphie de la vitesse.


Que signifie pour vous danser sur patins à glace ?

Au Patin Libre, nous ne voulons pas faire de la danse sur glace ! Holiday on Ice est un pastiche du Lido de Paris. Aux Jeux Olympiques on trouve de splendides valses ou tangos sur glace, mais ce sont des pastiches. Nous ne voulions surtout pas faire un pastiche de danse contemporaine. Notre unité de base n’est pas le geste, mais la trajectoire, le déplacement. Nous travaillons à partir des forces cinétiques qui n’appartiennent qu’au patinage.


Comment ces principes se traduisent-ils dans Murmuration ?

Je suis obsédé par les murmurations des oiseaux et ça a été contagieux avec mes collègues. Les essaims d’oiseaux créent des formes d’une beauté hallucinante et d’une perfection mathéma¬tique absolue. Et je sais depuis longtemps que grâce à leur fluidité, nos déplacements sur glace sont proches de ceux-là, mais je n’avais pas les moyens pour créer un tel spectacle. Nous sommes cinq fondateurs et nous sentions que ça pouvait fonctionner, mais il nous fallait quinze patineurs pour que l’effet visuel soit fort.


D’où viennent les interprètes ?

Il nous a fallu des années pour rassembler une équipe d’artistes à la fois virtuoses et désireux de porter ce projet. Ils viennent du Québec, d’Ontario, de France, de Suède, des États-Unis, du Royaume-Uni, de République Tchèque… Si la distribution est aussi internationale, c’est qu’il est difficile de trouver des complices. La plupart des patineurs préfèrent un vocabulaire plus acro¬batique ou une forme plus traditionnelle et gagnent très bien leur vie avec ça.


La beauté des grands ensembles d’oiseaux ou de poissons réside justement dans leur mystère. Comment le recréez-vous ?

Les chercheurs ont en partie percé le secret de ces systèmes extrêmement complexes. En pré¬paration du spectacle, j’ai conversé avec Adrian Vetta de l’Université McGill de Montréal. Il est un grand mathématicien et spécialiste des algorithmes distribués. Certaines parties de notre chorégraphie ont donc été créées à partir de modifications algorithmiques. Nous avons consulté une ornithologue, elle aussi m’a parlé d’algorithmes !


Dans Murmuration, le principe est donc très mathématique ?

À la base il y a un algorithme, des règles simples que chacun va appliquer. Ensuite on a complexifié ce système grâce à d’autres mouvements qui fonctionnent comme une murmuration. Mais on cherche partout à introduire des bugs : qu’arrive-t-il quand l’ensemble se polarise, quand il y a deux groupes plutôt qu’un seul, quand il y a une personne qui ne veut plus suivre les règles… ?


Propos recueillis par Thomas Hahn