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Vous venez de Barcelone et créez des spectacles surprenants, hors normes et pleins d’humanité. Comment s’est déroulée votre carrière ?

J’ai commencé à créer mes propres pièces il y a vingt-cinq ans, par un travail plutôt autobiographique et une recherche entre danse et performance, souvent inspirée par l’oeuvre de Sophie Calle et l’idée de ne pas séparer l’art de la vie. Je voulais créer des pièces provocatrices, très physiques et conceptuelles, invitant sur scène des personnes qui n’étaient pas des artistes professionnels mais avaient quelque chose de fort à communiquer. J’ai aussi créé une pièce avec ma mère qui a tourné pendant six ans, suivie d’une série de rencontres scéniques avec des inconnus venant d’autres champs artistiques. Puis je suis devenue mère. À ce moment-là, j’ai commencé à m’intéresser à la danse traditionnelle catalane, regardant en arrière pour mieux comprendre le présent. C’était pour moi une démarche aussi politique que les précédentes. Et de plus en plus, je montais sur scène en étant la personne que je suis dans la vie.

Calidoscòpica apparaît tel une synthèse de toutes ces intentions et concepts : être soi-même, rencontrer quelqu’un de différent, se situer entre danse et performance…

Être moi-même sur le plateau prend en effet de plus en plus d’importance. Je le partage ici avec Encarni Espallargas, et on y retrouve même quelque chose de l’esprit de mon spectacle créé avec ma mère. La grande différence est qu’en raison de la situation d’Encarni nous travaillons sur le sujet de la maladie mentale, ce qui a transformé mon approche de la création. Mais nous n’en discutons pas entre nous, il n’y a pas de positionnement en tant que victime. Par contre, la relation avec les personnes en situation de maladie mentale est actuellement un sujet de société très présent en Espagne et Encarni est engagée dans deux associations qui militent pour que ces personnes puissent trouver une vraie place dans la société au lieu d’être invisibilisées. Je l’ai rencontrée au cours d’une création précédente et soudain, je n’ai cessé de penser à elle. Et nous nous sommes vues régulièrement. Le processus était long puisqu’il fallait se comprendre pour créer ensemble. Et comme elle est chanteuse, elle a créé les chansons du spectacle.

Quel est le lien entre le processus de création et la forme du spectacle qui évoque un camping ?

Les répétitions ont pris dix-huit mois. Ensemble nous avons imaginé une sorte d’excuse du fait d’être sur scène, avec pour résultat que nous imaginons des situations extrêmes. Cela accentue notre fragilité, et surtout celle d’Encarni car elle a perdu un oeil. Quand elle se déplace, elle doit faire preuve de grande prudence. La situation du camping s’est imposée par l’idée d’utiliser uniquement les choses élémentaires dont on a besoin pour survivre. Et puis, c’est aussi notre réponse au problème que pour nos tournées, le décor entier doit rentrer dans ma voiture. C’est une question de mobilité… Et elle concerne aussi ma danse ! Ce duo m’a beaucoup appris sur le corps en mouvement. J’ai cinquante-deux ans, mais je continue à chercher de nouvelles façons de me mouvoir en scène. Aussi Calidoscòpica m’a beaucoup aidé pour la création de mon nouveau solo Elk. Entre Encarni et moi, c’est une affaire d’inspiration, d’information et de soutien mutuels.

Propos recueillis par Thomas Hahn

Dance

Jun 19Jun 20, 2026

SÒNIA GÓMEZ CALIDOSCÒPICA

SPAIN / CATALONIA