Théâtre sans frontières

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Apprendre à marcher, parler, et à danser le flamenco, Israel Galván a fait tout cela d’un même élan puisque né à Séville de José Galván et Eugenia de la Reyes, danseurs. Le flamenco lui est héritage familial, tradition séculaire, sol natal où il ancre sa quête d’artiste inventeur pour lequel chaque nouveau spectacle est le reflet d’une étape de sa vie. Il a 25 ans quand il crée, en 1998, sa première œuvre personnelle : Mira ! Los zapatos rojos. Depuis, Israel Galván innerve la danse flamenco de nouveaux codes, la magnifie et la bouscule, en fait terre d’accueil à d’autres traditions, à d’autres thèmes qui lui sont sources d’inspiration. Et il ne s’interdit aucun sujet : l’Apocalypse de Jean de Patmos (La Fin de l’état des choses.2007), l’extermination des gitans par les nazis (Lo réal/Le réel/The Real. 2012). Fla.co.men a-t-il titré, non sans malice, son opus de 2016, où il se joue du masculin et du féminin, piétine des pièces de monnaie dorée, dont il fait pluie rageuse ; et entame des joutes avec ses partenaires à la guitare et au chant, autant d’immenses solistes dont la liste serait trop longue.

Danseur relié à la terre et à l’air, il n’a pas son pareil pour capter soudain l’immobilité, le silence, convoquer le dénuement profond du zapeteado et des palmas, faire musique première de son corps, ligne tellurique d’où il convoque les peurs et les songes, d’un envol de mains. Avec lui, le flamenco est danse de la mémoire et du temps présent.

Dans les tablaos, les académies de danse flamenco, parfois en plein air, sur les plus grandes scènes internationales et jusque dans de hauts lieux de l’art contemporain, ainsi la fondation Calder à New York, depuis quarante ans Israel Galván danse en solo, et de plus en plus avec des artistes issus d’autres horizons. Torobaka (2014) était, avec Akram Khan, un duo tout en écoute, étonnements réciproques. Dans La Fiesta, où se répondent polyphonies byzantines, cante jondo, chants arabo-andalous, onomatopées, il convie une petite population hétéroclite, dont une danseuse japonaise venue du bûto, une « mama » gitane en clarks rouge. Il remet en jeu son statut de star, entre chaises saccagées où tables à la stabilité incertaine, d’où ruisselle un vacarme de coquillages, de pierres qui gronde dans la Cour d’Honneur du Palais des Papes d’Avignon, l’été 2017. L’ombre du Goya des «peintures noires» rôde sur cette fête intime comme Galván en a tant connues d’après spectacle, où les débordements, l’inversion des rôles, le rire et la tragédie sont de la partie.

Couronné de prix internationaux, dont le New York Bessie Performance Award, promu en France Officier dans l’Ordre des Arts et Lettres, Le Danseur des solitudes, ainsi et si bien nommé dans un livre signé Georges Didi-Huberman (ed.Minuit), n’a de cesse de célébrer et réinventer la joie de l’être-ensemble du flamenco, et son intraduisible, son altier «duende».