Théâtre sans frontières

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Avec Une femme se déplace, David Lescot embrasse le genre de la comédie musicale en jouant avec ses codes, mélangeant chansons, danse, grands numéros et comédie.

Quelles étaient vos inspirations en matière de comédie musicale ?

DAVID LESCOT : J’ai été nourri aux comédies musicales cinématographiques classiques des années 1950 et 1960. J’aime les films qui mélangent la vie quotidienne avec une esthétique de comédie musicale, comme les films de Jacques Demy et certains films hollywoodiens situés dans un cadre très réaliste comme Beau fixe sur New York et Tous en scène qui parlent de la vie, des relations, du changement d’âge.

Votre spectacle est gorgé de numéros…

D. L. : Il y a 20 morceaux : à un moment, ça ne s’arrête plus ! Pour moi, l’utilisation de la comédie musicale reflète la perception de l’héroïne et son sentiment intérieur. Cette forme produit selon moi le plus d’émotion, joyeuse ou triste. Je n’ai pas trop calculé au départ : j’ai écrit de manière assez linéaire. Quand j’arrivais à un endroit qui m’inspirait pour l’écrire de manière musicale, j’arrêtais la pièce et j’écrivais le morceau, paroles et musique, puis je reprenais. J’étais néanmoins sûr de certains numéros comme la saisie des huissiers qui devient un ballet. Notre chorégraphe Glyslein Lefever a pu s’inspirer du film Les hommes préfèrent les blondes. On appelait d’ailleurs « le passage Marilyn Monroe » le moment où la mère tombe au milieu des huissiers qui la relèvent et fait sa diva. J’ai voulu aussi musicaliser en une espèce de rap le moment où la mère fait un scandale dans un restaurant : les clients attablés autour ont un jeu de jambes. Ça devient un ballet plaisant à regarder et en même temps un cauchemar pour elle : une belle paranoïa.

Quel style de danse fallait-il ? D. L. : On a regardé beaucoup de danse contemporaine. J’avais beaucoup aimé le spectacle de Gisèle Vienne, Crowd, où les personnages dansent au ralenti lors d’une rave, et de la séquence dans Easter Parade où Fred Astaire danse au ralenti tandis que le corps de ballet derrière est en vitesse réelle : j’adore quand il y a deux temporalités et vitesses de déroulement différents sur un plateau.

Qu’est-ce qui vous intéresse dans la forme de la comédie musicale ?

D. L. : J’aime les mélanges, les choses impures, ce qui est hétérogène et de l’ordre du métissage. Je ne fais pas de hiérarchie entre les genres. C’est comme si on poussait au maximum l’idée du théâtre qui est la mienne : un art où on peut mélanger le plus de choses possibles. Si on pousse chaque curseur au maximum, ça donnerait une comédie musicale. La comédie musicale est pour moi le paroxysme du théâtre.

Propos recueillis par Laurent Valière, auteur de 42e rue, la grande histoire des comédies musicales (éditions France Musique/Marabout) et producteur de l’émission 42e rue, chaque dimanche à 13 h sur France Musique.