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Dans Mass, un échantillon de l’humanité négocie sa relation à l’autre, à la cité et à la mort, sur un texte puissant et poétique de David Mambouch. le geste du danseur est mis à l’épreuve de laforce des mots et répond à la question: comment se rassembler aujourd’hui?

Comment votre rencontre avec David Mambouch, auteur et interprète du texte de Mass, s’est-elle produite ?

PIERRE PONTVIANNE : Ma compagnie est, comme David Mambouch, partenaire de Ramdam, Un centre d’art fondé par Maguy Marin. Nous faisons partie des bénévoles et participons à la réflexion sur le lieu. L’appréciant intellectuellement, j’avais très envie de travailler avec lui sur Mass et heureusement, il a accepté d’écrire les textes sur mesure et, de les interpréter. Mambouch vient du théâtre, mais il a aussi dansé dans May B et interprété le solo Singspiele de Maguy Marin. Il a ensuite réalisé le film L’Urgence d’agir, ce portrait lumineux de Maguy Marin, et du parcours de la compagnie.

À partir de son texte pour Mass, comment avez-vous travaillé pour faire le lien entre la parole et le geste dansé ?

P. P. : Ce texte est une fresque immense qui décrit les rapports humains. Il passe du quotidien au politique, à l’amour et la poésie, dans une logorrhée sous-tendue par la question de la finitude et donc de la mort. Je trouve que les mots ont plus de force que la danse. Les mots dénoncent, tranchent, sont dans le réel. Les mouvements et la danse peuvent très bien se faire manger par ça. C’est pourquoi nous avons, dans un premier temps, travaillé séparément sur le texte et la danse. Ensuite, j’ai rassemblé les deux.

De quelle manière une fusion entre le réel des mots et la poésie du mouvement est-elle possible ?

P. P. : J’ai joué sur une sorte d’ignorance entre les deux. Certes, je vais pouvoir organiser leur rencontre, à des endroits qui font sens. Mais souvent le sens émerge sans crier gare et il est alors plus fort que mon désir de donner du sens. Ce sont des moments que je ne maîtrise pas, où je continue de découvrir comment le texte et le corps s‘épousent et rencontrent l’actualité du monde. Je n’arrive jamais, dans mon travail de chorégraphe, à être dans une abstraction totale. Je me situe toujours dans une actualité intemporelle. Inévitablement, l’artiste qui créé est pris par tout ce qui lui arrive dans la vie et je m’attelle à ce que ces portes restent ouvertes.

Quel rôle les événements politiques et sociétaux jouent-ils dans votre recherche artistique ?

P. P. : En tant qu’artistes, nous sommes bien souvent dé - connectés du monde, et ça me paraît terrible. J’essaye de rester vigilant, d’éviter un travail artistique qui s’enfermerait dans l’esthétisation. Quand je prends le mot création et que je déplace le C, ça donne réaction. Et je me dis qu’il faut tout le temps être en réaction ! La danse est une question d’engagement des corps, de se mobiliser, se rassembler. Il y a de la résistance entre les corps, il faut soulever son corps. Ce sont des termes assez politiques mais aussi poétiques. Ils dé - passent le champ de la danse. Et le soulèvement, le fait de se rassembler, de trouver une communauté entre des personnes aux âges, corps et chemins très dif férents, comme celles qu’on voit dans Mass, ce sont des questions d’harmonie et d’ensemble. Quand on met ça sur le plateau, c’est assez musical jusque dans le geste.

Vous êtes en train de créer une pièce pour le Ballet de l’Opéra de Lyon. Qu’est-ce que ça représente pour vous ?

P. P. : J’ai dansé dans ce genre d’institution auparavant. Je m’en suis émancipé et je suis heureux aujourd’hui d’y revenir en tant qu’auteur. C’est l’occasion de travailler avec un nombre de danseurs plus important même si ma méthode change peu. Il s’agit toujours d’essayer de comprendre ce qui nous arrive pendant qu’on est en train de créer.

Propos recueillis par Thomas Hahn