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Ce titre s’entend à double sens, est-ce une intention de votre part ?

DAVID LESCOT : Un titre, ça doit sonner, concentrer des motifs, rayonner de manière mystérieuse et appeler une interprétation. Comme une formule poétique ou une équation à résoudre. Dans L’Enfant unique, il y a la singularité d’une personnalité, la solitude face aux parents, mais on pense aussi à des questions de démographie très présentes en ce moment dans les médias.

L’enfance est ici abordée par le prisme de la relation aux parents, c’est une nouvelle approche dans votre écriture…

D. L. : Je voulais parler des sentiments liés au fait d’avoir un enfant et de le voir grandir. Mais comme toujours, je me place à hauteur d’enfant, c’est un point de vue qui fonde mon théâtre. Mon pari était de suivre une personne depuis la rencontre de ses parents jusqu’à l’adolescence et de la faire jouer par une même comédienne, Sarah Brannens, déjà présente sur ma trilogie jeunesse.

À travers ce trio familial qui traverse les années, vous explorez le temps qui passe. Quelle place lui accordez-vous ?

D. L. : Le temps c’est le vrai sujet de la pièce et c’est ma matière. Parce qu’il est source de rythme et de musicalité et que c’est ce qui constitue l’ossature formelle du spectacle, mais aussi parce que je le considère un peu comme le metteur en scène de nos vies.

Vous composez vous-même la musique du spectacle. Comment la décririez-vous ?

D. L. : Je dirais qu’elle est extrêmement contrastée, toute en ruptures et montagnes russes émotionnelles. On passe de l’allégresse à la tristesse, de la violence à la douceur… C’est une musique assez simple qui colore les situations et donne un cadre rythmique et harmonique fort.

Ce spectacle est-il une comédie musicale ?

D. L. : Pas au sens traditionnel du genre. C’est plutôt une comédie musicale parlée, une symphonie de langages. La forme est très affirmée, la mélodie est véhiculée par le texte que je considère comme une partition à part entière. Chaque scène a sa structure rythmique qui suit un principe de scansion. J’ai choisi des interprètes que je connais bien, pour leur haut niveau musical et leur pratique instrumentale et leur science du rythme, outre leur talent dramatique. On retrouve notamment Ludmilla Dabo, avec qui j’ai mené tant d’aventures de théâtre depuis bientôt dix ans, et à qui je rêvais de confier un rôle de mère magique.

Quels seront les instruments présents sur scène ?

D. L. : Il y aura un piano, bien sûr, puisque le personnage principal en joue et Sarah Brannens qui l’interprète est une excellente pianiste. Il y aura aussi des guitares, des instruments à vent, un ukulélé, des percussions et une harpe qui fait écho aux références grecques et antiques du texte.

David Lescot et Yannick Morzelle pendant les premières répétitions de la pièce au Théâtre de la Ville-Sarah Bernhardt © Christophe Raynaud De Lage

La pièce tisse la trame d’une existence sous la forme d’instantanés d’une vie unique, mais elle dit aussi le moule commun dans lequel nous évoluons, une forme de quotidienneté universelle.

D. L. : J’ai pensé la pièce comme des flashs, des fragments de vie qu’on se repasse, j’ai voulu mettre à égalité les grands et petits moments, car lorsqu’on est enfant, tout est potentiellement dramatique, l’intensité des affects est partout et des peurs ou des chagrins minuscules peuvent prendre des proportions émotionnelles de l’ordre de la tragédie. Et l’instant d’après, le ciel peut changer du tout au tout, devenir en une seconde très clair et très riant. C’est très atmosphérique, l’humeur de l’enfance.


Propos recueillis par Marie Plantin le 17 septembre 2026

Theatre

Oct 07Oct 17, 2026

DAVID LESCOT L’Enfant unique

Featuring Ludmilla Dabo, Sarah Brannens, Pauline Collin, Mirabelle Kalfon, David Lescot, Yannick Morzelle, Antoine Sarrazin • ORIGINAL CREATION